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Le mois de mai 2016 en région parisienne atteint des records de pluviométrie jamais enregistrés depuis 1960 à la même saison. Les inquiétudes grandissent et de nombreuses communes, notamment en Seine-et-Marne, sont déjà entièrement inondées. Les évacuations des habitants ont commencé et les images de désolations envahissent les télévisions et réseaux sociaux.
Désormais, la Seine est en Crue et Paris est sous haute surveillance car le niveau du fleuve ne cesse de monter. Les spécialistes ont en mémoire la grande crue de 1910 lorsque le niveau de la Seine avait atteint 8,62 mètres au pont d’Austerlitz. Qu’en sera-t-il de 2016, annoncée comme la crue centennale par certains médias.
J’habite pour ma part, dans le département des Hauts-de-Seine, à Antony précisément et cela fait un bon mois qu’il pleut sans cesse. Je ne suis a priori pas exposé à des risques d’inondation. Pourtant, c’est la toiture de notre maison qui ne va pas résister à ces pluies incessantes, qui vont causer un dégât des eaux dans notre salon. Je suis devenu une victime et donc directement concerné par ce phénomène météorologique de ce mois de mai 2016.
Mardi 2 juin 2016, le niveau de la Seine est déjà très élevé et je me décide enfi n à aller faire des photos de la Crue à Paris. Jusque là, c’est devant ma télévision ou Smartphone que je suivais la montée préoccupante du fl euve parisien. Les images étaient impressionnantes ! D’autant plus qu’à cette période, les crues sont plutôt inhabituelles.
Au début, je n’avais pas d’idée précise de ce que je voulais photographier, juste rapporter quelques clichés, comme n’importe quel curieux désireux de garder un souvenir.
Les berges, encore visibles quelques jours avant avaient pratiquement disparu. La Seine s ‘était transformée en peu de temps en un torrent violent et sortait peu à peu au fi l des heures de son lit en charriant tout sur son passage : Arbres, tonneaux à vin, bonbonnes de gaz, nappe de fi oul, ou que sais-je encore, flottaient sur l’eau.
Par endroit, des barrières et digues « anti-inondation » avaient été installées afin d’empêcher l’eau de progresser d’avantage et par mesure de sécurité, les principaux musées comme, le Louvre ou Orsay étaient fermés au public ainsi que certains transports en commun, comme le RER C, interdit de circuler pendant plusieurs jours.
La Crue était devenue l’attraction principale dans la Capitale avec la préparation de l’Euro de foot, dont certaines installations étaient déjà immergées faute d’avoir été enlevées à temps. On pouvait ainsi voir sur les berges des tentes barnum ou des containers presque recouverts.
De nombreux badauds et touristes étaient présents, témoins de cet événement hélas pas unique dans l’histoire de Paris sous les eaux.
Sur place, je décide de restreindre mon périmètre de reportage photo entre le pont Mirabeau et le pont d’Austerlitz, rive gauche et rive droite et le tout à pieds afin de profiter au maximum du « spectacle ».
Comme la plupart des curieux présents, munis eux aussi de leur appareil photo ou téléphone portable, je fais mes premières photos des ponts. Mais rapidement je constate que si je veux obtenir des points de vue plus intéressants, je dois m’approcher au plus près de l’eau et ainsi descendre sur les berges au risque de me faire interpeller par la police qui patrouille un peu partout.
Je marche toute la matinée sous la pluie puis, je rentre pour regarder le résultat. Je dois me rendre à l’évidence, c’est insuffisant ! Certes, les photos sont bonnes mais je ne suis pas convaincu de leur utilité et je cherche encore une orientation à mon travail.
Je décide alors d’y retourner deux matins supplémentaires afin d’obtenir plus d’images et je commence peu à peu à entrevoir ce que je souhaite réaliser. Un travail sur le principe de diptyques avec pour thème : Avant-après la Crue ou plus exactement pendant-après car les premières photos illustrent la Seine à son niveau le plus haut pour les premières et plus bas pour les dernières.
Dimanche 12 juin, une semaine précisément après les dernières prises de vue je décide de retourner sur les lieux pour faire les dernières photos. Celles de la Crue, après. Je n’attends pas trop pour les faire car, je souhaite garder la même ambiance entre les deux étapes afin que l’unique différence sur les photos soit le niveau de la Seine.
Le fleuve avait presque retrouvé son niveau normal. Joggeurs, promeneurs et autres cyclistes avaient réinvesti les berges de nouveau accessibles, laissant apparaître les stigmates de la Crue encore bien visibles.
J’avais l’impression de découvrir un autre endroit, comme lorsque l’on revient à la montagne l’été après y être allé l‘hiver sous la neige.
Plus rien n’était semblable…